• Au Bonheur des Dames d'Emile Zola

    Au Bonheur des Dames d'Emile Zola

     

    Au Bonheur des Dames d'Emile Zola

    Le second empire vise à faire de Paris la capitale de la mode et du luxe. La ville se modernise. Les boutiques du Paris ancien laissent place peu à peu aux grands magasins, dans le voisinage des boulevards et de la gare St-Lazare. La nouvelle architecture illustre l’évolution des goûts : on entre dans le royaume de l’illusion. Octave Mouret, directeur du Bonheur des Dames, se lance dans le nouveau commerce.

    L’exploit du romancier est d’avoir transformé un épisode de notre histoire économique en aventure romanesque et en intrigue amoureuse. Rien d’idyllique pourtant : le magasin est construit sur un cadavre ensanglanté, et l’argent corrompt tout. Pour Zola, la réussite du grand magasin s’explique par la vanité des bourgeoises et le règne du paraître. Il nous décrit la fin et la naissance d’un monde : Paris, incarné ici dans un de ses mythes principaux, devient l’exemple de la cité moderne.

     

    Au Bonheur des Dames d'Emile Zola

    Réaliste / Folio classique / 495 p.

     

    Au Bonheur des Dames d'Emile Zola

    Lu dans le cadre du bac de première (les TPE), j’étais motivée pour le lire. Et je n’ai pas été déçue : je l’ai dévoré, du début à la fin sans avoir le temps de reprendre mon souffle ! Mais je ne peux pas faire une chronique de Au Bonheur des Dames sans vous parler au préalable du contexte historique, sans quoi, tout l’ouvrage perd son charme.

    Publié pour la première fois dans les années 1880, Au Bonheur des Dames d’Emile Zola est écrit dans la continuité de la série des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire. Dans cette série Zola veut démontrer de manière « scientifique » les vices de la société, et démontrer les conséquences qu’ils peuvent avoir sur les différentes générations. Les romans suivent donc tous une même ligne de conduite : focalisé sur un membre de cette famille qui aura hérité d’une tare, Zola décrit et analyse non seulement les faits et gestes de son personnage, mais aussi l’un des faits de société qui bouleverse le monde lors de cette révolution industrielle.

    En soit, Au Bonheur des Dames de déroge pas à la règle. Pourtant, si son personnage subit en effet la société et ses vices, ce livre-ci reste bien différent des autres.  Il n’est ni aussi noir que Germinal, ni aussi sanglant la Bête humaine… Non, Au Bonheur des Dames étonne par son côté plutôt clair, et son atmosphère joyeuse et féminine. L’histoire, qui décrit l’apogée des grands magasins, narre l’histoire les peines, les joies et les galères d’une vendeuse du magasin. Zola nous place dès le début dans deux points de vue opposée : le premier, la vie du Bonheur des Dames du point de vue des vendeuses, leurs situations sociales, les rapports employés-employeurs ; de l’autre, le Bonheur au sens propre des acheteuses, les nouvelles techniques de marketing qui ne nous laisse aucune chance de ressortir les mains vides ! Deux aspects différents d’un même endroit, la médaille et son revers…

    Cependant, on retrouve à chaque page le style de Zola : très peu d’action pour beaucoup de description. Si dans certains de ses livres cet aspect peut paraître un peu lourd aux lecteurs, je puis vous assurer qu’ici, il n’y aurait presque pas assez de descriptions. Zola a pourtant repoussé les limites de sa créativité. Il nous emporte dans un voyage fabuleux au cœur de son magasin, et son écriture est tellement riche, ses descriptions sont tellement colorées, que l’on se retrouve plongé jusqu’au cou dans des marchandises somptueuses, dans un bâtiment si lumineux qu’il faudrait porter des lunettes de soleil en pleine nuit. Tout est si précisément décrit qu’on se croirait dans un film. On découvre Paris sous un autre jour, une nouvelle robe, qui n’est certes pas toujours blanche, mais qui donne envie d’y rester jusqu’à la fin des temps. Les lieux qu’il expose sont donc époustouflants.

    C’est dans les personnages que l’on retrouve toute la noirceur de l’écriture de Zola. Denise, son personnage principal est sans cesse parer de noir et semble porter toute la misère du monde sur ses épaules. Malgré tout elle reste tenace et survit à toutes les épreuves que le temps lui fait subir. Une fois n’est pas coutume, elle est le genre de héro que l’on voudrait tous avoir : elle se sort avec brio de toutes les situations, et elle en revient plus grande à chaque fois. Non, il est évident que ce n’est pas Denise qui fait partie de la famille des Rougon-Macquart dans ce tome là. Ce serait plutôt Octave Mouret, directeur du Bonheur des Dames qui joue ce rôle, il peut se considérer chanceux néanmoins, la « tare » dont il a hérité lui a donné la grandeur et le génie. Dans l’ensemble ses personnages sont les archétypes même des classes sociales qu’ils représentent. Denise représente sans aucun doute l classe ouvrière, avec ses galères, sa précarité et ses soucis financiers ; Octave quant à lui, il est la nouvelle bourgeoisie, celle à qui l’empire doit sa renommer. On retrouve aussi, des personnages qui représentent les anciens nobles, bref un éventail très large et haut en couleur. Néanmoins, l’écriture naturaliste de Zola empêche le lecteur de s’identifié à un personnage.

    A travers le livre en lui-même, Zola pointe du doigt les conséquences catastrophiques que l’installation d’un grand magasin peut avoir sur les anciennes structures économiques et sociales. Il ne faut pas oublier qu’avant la vente de vêtements se faisaient sur mesure dans des petites boutiques individuelles, l’arrivée d’un endroit où maroquinerie, prêt-à-porter, et ganteries se mêlent, est à l’origine de la disparition de tout ces petits concurrents. Quant aux structures sociales, là où il y avait un apprenti, il a Au Bonheur des Dames des petits vendeurs, qui n’ont pas l’assurance d’avoir le même emploi demain. Mais Zola reste objectif, et ne va pas très loin dans son analyse. Il ne fait que « dénoncer », voire seulement décrire, sans pousser des coups de gueule contre la nouvelle économie…

    Pour conclure, je dirais que si tout le livre est une merveille, alors la fin, si elle était un monument figurait au classement des plus grandes merveilles du monde. Je m’étais habituée à des fins tristes et sinistres, où les personnages n’avançaient pas, voire régressaient, alors je vous laisse imaginer mon étonnement quand à la fin du livre Zola nous servait sur un plateau le plus beau des Happy End… Certes, ce n’est surement pas le plus romantique, ni le mieux écrit, mais le simple fait que ce soit Zola qui l’ait écrit suffit à le rendre parfait ! Au Bonheur des Dames restera l’un de mes plus grands coups de cœur, et un de mes livres préférés. Je ne pourrais que le conseiller encore et encore !


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