• L'oeil du Corbeau (tome 1) de Shane Peacock

    L'oeil du Corbeau (tome 1) de Shane Peacock

     

    L'oeil du Corbeau (tome 1) de Shane Peacock

    Sherlock Holmes, 13 ans, est le fils d'une union décriée entre une jeune aristocrate et un professeur juif sans le sou. Dans le Londres des années 1860, ce mariage rejette la famille en marge de la bonne société. Jeune homme solitaire, fasciné par sa mère à laquelle il est extrêmement attaché, Sherlock a un esprit rebelle et intuitif. Au début du roman, une ravissante jeune femme a été brutalement assassinée dans un quartier pauvre et malfamé de Londres. Arrêté par la police, un jeune Arabe clame son innocence. Sherlock se passionne aussitôt pour l'affaire et débute une enquête parallèle. Une enquête qui va bouleverser sa vie à jamais et fixer à tout jamais son destin.

     

    L'oeil du Corbeau (tome 1) de Shane Peacock

    Policier / Milan / 208 p.

     

    L'oeil du Corbeau (tome 1) de Shane Peacock

    Comment ne pas être attirée lorsque trône sur une couverture le nom de Sherlock Holmes ? Pour moi ce serait impensable, une fois entre mes mains, il fallait à tout prix que je le lise, même si l’auteur n’est pas le créateur de mon héros préféré… Et oui ! C’est encore une adaptation, un auteur qui reprend le célèbre détective à sa sauce. Ici, c’est encore au-delà ! Shane Peacock décide de donner une enfance à Sherlock Holmes, ce qui, justement, lui manque terriblement dans l’œuvre de Doyle : une simple et petite référence à son passé. Alors comment ne pas craquer ? Mais voilà : personne ne peut égaler Sir Arthur Conan Doyle quand il s’agit de parler ou de saisir l’essence même de ce personnage.

    Je pourrais et je vais surement paraître intransigeante voire méchante tout au long de cette chronique, mais il y a une chose qui est importante à savoir : Sherlock Holmes est mon personnage favori en littérature, et cela tout genre compris. J’ai lu et relu de nombreuse fois ces aventures, au point de les connaître mieux que ma propre poche. C’est pour cette raison que je ne puis lire ce roman de manière objective, sans le comparer à l’œuvre originale. Je m’en excuse d’avance.

    A propos de la couverture, il y a tout de même quelques mots à dire. Elle illustre parfaitement les deux titres : tout d’abord le jeune garçon qui représente le personnage principal de l’histoire, et ensuite  le corbeau, qui lui illustre le titre du livre : l’œil du corbeau. C’est peut-être aussi le seul moment où l’on trouve une référence à un corbeau dans l’histoire, mais j’y reviendrais plus tard. La couverture, sombre et oppressante met immédiatement dans l’ambiance du roman… Elle donne une impression de mystère et éveille la curiosité du lecteur. Le quatrième de couverture quant à lui n’a rien de spécial, ou du moins n’a en rien influencé ma décision. Néanmoins il sous-entend une enquête haletante, ce qui pourrait en décevoir quelques uns.

    La plume de l’auteur maintenant, elle est forte agréable à lire, tout en simplicité. Deux ou trois détails ont pourtant attiré mon attention. Tout d’abord, le récit se fait au présent, ce qui est fort surprenant pour une histoire dont l’action se déroule au XIXe siècle. Cela n’a rien de particulièrement gênant et on s’y habitue vite tant le style de l’auteur est fluide. En revanche c’est le deuxième petit détail qui m’a le plus gênée : c’est la manière dont son personnage, Sherlock, désigne ses parents. Car il est clair que l’auteur met en place ici un point de vue interne, malgré une narration à la troisième personne du singulier. En effet Sherlock désigne ses parents par leur prénom, ce qui est singulier dans la bouche d’un enfant de treize ans. A mon avis , pour l’auteur cela fait partie intégrante du personnage qu’il essaye de reprendre. Ces quelques détails mise à part, l’écriture de l’auteur est très facile à lire, sans erreur de style.

    Parlons maintenant des personnages, autres que celui de Sherlock Holmes. Beaucoup sont tirés des romans de Sir Arthur Conan Doyle : comme Lestrade père et fils. Le fils étant, on s’en doute, le futur inspecteur qui aidera Sherlock  dans l’œuvre originale. Maléfactor, quant à lui, n’est pas sans rappeler le célèbre Moriarty, ennemi de toujours du célèbre détective. C’est donc surement lui enfant. On note aussi un clin d’œil au créateur de tous ces personnages avec la famille Doyle qui deviendra, au moins un membre, l’un des personnages principaux du roman. Parlons en d’ailleurs d’Irène Doyle, ainsi qu’elle est nommée dans le roman. Son prénom, mais surtout la relation qu’elle établit avec Sherlock au cours du roman, cette fascination qu’il ressent pour elle, ne sont pas s’en rappeler, là encore, la célèbre Irène Adler. La seule femme ayant un jour mis Holmes en échec. Et pourtant, s’il est vrai qu’elle puisse prendre le nom d’Adler par le mariage, j’imagine très mal cette jeune fille de bonne famille, aux mœurs douces et aussi éprise de justice, devenir l’impitoyable femme dépeinte plus tard par Arthur Conan Doyle. Ainsi, on peut, pour moi, noter une première erreur d’interprétation dans l’enfance de Sherlock Holmes. Mais ce n’est que pur hypothèse de ma part dans la mesure où Irène ne porte pas le patronyme d’Adler. Pourtant ce serait vraiment trop gros comme coïncidence, non ?

    J’ai donc parlé des personnages secondaires, mais quant est-il du personnage principal de ce roman ? Le grand et surtout unique Sherlock Holmes ? J’imagine qu’il est difficile pour un auteur de reprendre le personnage d’un autre et surtout de se l’approprier sans trahir le caractère que lui a donné son créateur, d’en saisir l’essence pour pouvoir l’adapter au mieux à son style d’écriture, surtout si le personnage en question est connu de tous. On pourrait croire aux premiers abords que réutiliser un personnage en le mettant en scène à une autre époque, ou bien en l’imaginant à un autre moment de sa vie, comme ici, pourrait être plus simple et laisserait plus de libertés d’interprétation. Pour les personnages les plus simples cela pourraient être vrai, pour les plus complexes au contraire c’est beaucoup plus dur. On se retrouve ici avec Sherlock Holmes que Doyle a fait complexe mais surtout complet. Il fallait donc retrouver un jeune Sherlock, certes un peu différent du vieux, car bons nombres de ses traits de caractères peuvent être expliqué par les aléas de sa vie. Mais tout de même un jeune Sherlock où l’on retrouverait tout de même l’essence du personnage de Doyle.

    Mais on a ici trop de détails qui ne collent pas, trop de choses sont laissées de côté, et à certains moments on pourrait même croire que l’auteur n’a jamais lu une aventure de Sherlock Holmes. Quelqu’un qui aurait lu Sherlock Holmes saurait que Doyle ne place pas son personnage dans un milieu défavorisé. A plusieurs reprises, dans les aventures de Sherlock Holmes, Doyle fait passer ce message : il est quasiment impossible durant l’ère victorienne de réussir si on part de rien. Qu’elle a donc été ma surprise de découvrir dans ce livre un jeune Sherlock ayant été élevé dans les quartiers pauvres de Londres. Certes sa mère est une ancienne noble déshéritée par ses parents à cause de son mariage, ce qui d’ailleurs explique l’éduction de notre héros dans le livre, mais sans argent, notre jeune ami est privé d’un instrument qui fera son identité dans l’œuvre de Doyle : le violon. Beaucoup d’autres éléments dans l’histoire vont à l’encontre d’un Sherlock tel que son créateur le fit paraître dans ses romans. Il serait néanmoins trop long de les citer tous. Le fait est que son personnage est fade, sans aucune saveur, ce n’est qu’une page de livre usée par les trop nombreuses photocopies. La véritable jeunesse de Sherlock Holmes est surement beaucoup plus vive et plus inspirée que l’image que cet auteur nous envoie.

    Je vais tout de même parler un peu du livre seul et de ce que l’histoire vaut réellement par son univers. Nous nous retrouvons rapidement plongés dans une Londres victorienne au cœur des quartiers pauvres. L’histoire nous fera pourtant voyager entre deux univers diamétralement opposé, deux visages de la ville, le sombre et le sanglant où règnent pauvreté et violence, tandis que de l’autre, les beaux quartiers où s’alignent maisons de luxe et où les habitants sont d’autant plus sournois et dangereux. Deux mondes qui pourraient être bien mieux et bien plus exploité par l’auteur, ce qui donnerait plus de profondeur et de réalisme à son histoire. Au-delà de l’enquête policière, l’auteur fait tourner l’histoire autour de la psychologie des personnages, qui à leur tour manque de profondeur. Un dernier détail m’a perturbée au cours de cette lecture, liée au titre du roman. Tout au long de l’histoire, le jeune Sherlock Holmes se lient d’amitié avec des corneilles, mais à aucun moment on ne voit apparaître un corbeau, qui pourraient faire échos au titre du roman. Un détail sans grande importance, mais étrange tout de même.

    Pour finir, je pourrais dire que cette lecture m’a déçue à bien des abords, mais pour relativiser je dirais que ce roman est destiné à un public bien plus jeune que mois, des collégiens probablement si on veut un ordre de grandeur. Néanmoins plusieurs éléments me font penser à une série, et si une suite venait à paraître, alors je la lirais surement, et peut-être alors que l’œuvre complète pourrait me séduire… Qui sait ? Parfois il est plaisant de rêver à l’impossible.


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